Liberation
Samedi 17 juin 2006
La répression s'accentue sur les pratiques de santé différentes. Un colloque en faveur de la liberté spirituelle et thérapeutique est organisé le 28 juin à l'Université Libre de Bruxelles.

Trop, c'est trop. Sous prétexte de lutte anti-sectes,l'Ordre des Médecins et les médias inféodés aux grandes firmes pharmaceutiques sont en train de dépasser toutes les bornes. Dans un journal médical, une nouvelle offensive vient ainsi d'être lancée contre la médecine nouvelle et la biologie totale.

Selon la journaliste, ces deux ' mouvements' seraient le signe que «les pratiques sectaires envahissent les soins de santé». Une nouvelle fois, les noms de Ryke Geerd Hamer et de Claude Sabbah sont traînés dans la boue sans que ces deux médecins puissent le moins du monde se défendre contre les propos calomnieux et diffamatoires tenus à leur égard. Comme d'habitude, le lynchage médiatique est piloté par le Dr C.B, dont le hobby favori consiste également à exciter l'ardeur disciplinaire des instances médicales bruxelloises. Résultat : un médecin homéopathe vient de se voir infliger une suspension d'un an pour avoir accepté de soigner des patients qui refusaient les traitements conventionnels. Il y a quelques mois, un médecin français s'est carrément retrouvé derrière les barreaux de la prison de Nivelles après une descente de police musclée. Son crime ? Avoir prodigué des conseils naturopathiques à
une patientèle consentante, majeure et parfaitement consciente d'emprunter une voie parallèle à la médecine classique. Ce sont là deux cas récents mais il y en d'autres qui se sont soldés par des suspensions et même par des radiations à vie. Du jour au lendemain, les praticiens condamnés ne peuvent plus exercer et des centaines de malades sont ainsi privés du droit de consulter le docteur de leur choix. En France, le Dr Christian Schaller a même été interdit de conférences et de stages pendant 5 ans, or c'était là sa principale activité !

INQUISITION

En Belgique comme en France, cette répression médico-judiciaire s'inscrit dans une dangereuse évolution de la démocratie. Depuis une vingtaine d'années, de nombreux groupes et associations ont été qualifiés péjorativement de « sectes» et ont fait l'objet d'attaques de la part d'associations militantes, vite relayées par les pouvoirs publics et la presse empressée d'en faire ses choux gras. En Belgique comme en France, des enquêtes parlementaires ont abouti à la publication de listes d'organisations « nuisibles» ou présentées comme telles. Conséquence de quoi, un nombre croissant d'associations et d'individus ont expérimenté une situation pénible dans laquelle leurs activités ou leur existence même étaient réduites à néant alors que leurs actes n'enfreignent nullement la loi. Aujourd'hui, l'accusation infamante de «secte» a même été étendue à de nombreuses pratiques de développement personnel, de thérapie ou l'éducation, voire à tout comportement alternatif ou mode de vie s'écartant des normes. Traumatisées par l'affaire du « temple solaire», nos sociétés basculent progressivement dans une sorte d'inquisition voilée. A trop vouloir traquer les sectes, on en arrive à bafouer les droits et les libertés. Au nom de la vigilance, on dérive lentement vers un régime totalitaire.

RÉBELLiON

C'est contre cette «chasse aux sorcières» que des citoyens français ont fini par réagir en créant «la Coordination des Associations et des Particuliers pour la liberté de Conscience». Comme l'indique ses statuts, son objet est d'aider les pouvoirs publics à atteindre un plus grand respect des droits de l'Homme, et notamment des droits à la liberté de croyance, de pensée, de religion et de choix thérapeutique. La CAPLC entend ainsi "reconquérir l' expression de nos convictions spirituelles et thérapeutiques". Paravent et lobby masqué des sectes comme l'affirment ses détracteurs? Il est certain que ce mouvement rassemble des gens et des groupes qui sont dans le collimateur des inquisiteurs. Mais quand on apprend via le journal médical déjà cité que le centre chargé officiellement de les observer a repéré pas moins de 598 groupements de 'type sectaire' sur le seul territoire belge, on mesure l'ampleur du melting pot ! En toute hypothèse et jusqu'à preuve du contraire, cette rébellion citoyenne n'a rien d'illégal ni d'antidémocratique. Au contraire, elle est même un moteur de débat contradictoire. Le 28 juin prochain, l'antenne belge de l'association organise un colloque à l'Institut de Sociologie de l'Université Libre de Bruxelles. Ouverte à tous, cette rencontre verra des sociologues, des juristes, des politiciens et des médecins. Le Dr Thierry Janssen devrait notamment y prendre la parole pour s'exprimer sur le thème de « la liberté de choix spirituel et thérapeutique». Sollicité pour apporter son soutien symbolique à cette manifestation, BIOINFO-VITAVIE n'a pas dit non. Nous avions même une bonne raison de dire oui car dans un récent sujet télévisé parlant des sectes, les images montraient en gros plan les pages de notre magazine. Pas de quoi hurler à la persécution sans doute, mais certainement un signe qu'il est temps pour nous aussi de défendre nos idées. Et le droit d'en avoir...

Lieu du colloque : Salle Dupréel -Av.Jeanne44- 1050 Bxl de 9 à 16h30
info: cap.lc@brutele.be
http://www.coordiap.com
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Vendredi 5 mai 2006
Pour pouvoir manger des fruits et des légumes hors saison, les pays développés les importent des pays en voie de développement. Le véritable coût d’une salade : 99 cts pour le consomateur, 50 litres d’eau potable pour l'Afrique qui en manque déjà cruellement.
Voir la traduction de l'article de J. Laurance - The Independent sur le grand soir.info
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Vendredi 21 avril 2006
Le jeudi 2 février, à l’initiative d’une dizaine d’ONG, parmi lesquelles on compte le Secours catholique, le Comité catholique contre la faim et pour le développement (CCFD), Attac, Survie, Tax Justice Network, a été lancée une plate-forme de lutte contre les paradis fiscaux et judiciaires (PFJ).
 
Il est essentiel en effet de s’attaquer à ce fléau qui mine tous les pays, développés et non développés, mais qui se révèle particulièrement catastrophique pour ces derniers, parce qu’ils se trouvent entraînés, depuis des dizaines d’années, dans la spirale de l’appauvrissement, bien loin de pouvoir donner un commencement d’espoir à leurs habitants. L’existence des PFJ donne l’exemple d’une impunité organisée au bénéfice de la criminalité économique. On a pu parler en effet de « génocide exsangue » pour désigner les ravages produits par la grande pauvreté tout particulièrement en Afrique, où les flux financiers qui sortent de pays pauvres très endettés sont bien supérieurs à ceux qui viennent de toutes les aides possibles, rendant ces dernières dérisoirement inefficaces.
En 2004, Raymond Baker, dans le Financial Times, affirme que chaque année 500 milliards de dollars sortent des pays les plus pauvres. Sur ce montant, 50 milliards viennent de la corruption, 200 milliards des transferts des bénéfices des grandes sociétés transnationales, 250 milliards des activités criminelles (trafics d’armes, de diamant, de drogue). En quasi-totalité ces sommes aboutissent dans les PFJ, sous couvert de la bienfaisante opacité qui les met à l’abri de toute enquête judiciaire. Ces sommes excèdent très largement le montant des aides financières internationales octroyées à ces pays (1). Il conclut que les mouvements de capitaux sont virtuellement incontrôlés.
Tant que dure cet état de fait, on pourra continuer à déplorer, comme l’a révélé l’ONG Transparency International, que sur les 28 milliards de dollars versés par la Banque mondiale et le Fond monétaire international au Nigeria, 5 soient allés dans la poche de l’ancien dictateur Sani Abacha, tout comme 5 autres étaient allés dans celle de Mobutu, sur les 10 milliards versés au Zaïre. Aucun montant n’a pu être récupéré, ces sommes ayant disparu sur des comptes off shore. Par ailleurs les codes des investissements dans les pays pauvres sont extrêmement favorables, permettant les transferts les plus avantageux. En cinq ans les capitaux sont amortis. Le milieu politico-affairiste, notamment français, qui tient l’Afrique peut ainsi engranger des bénéfices considérables qui ne viendront jamais bêtement directement en France. Ils iront grossir les comptes suisses, comme on a pu en avoir une petite idée avec ce qu’on a dévoilé des pratiques de Elf, dans l’affaire du même nom. Ou alors ils effectueront des voyages compliqués, passant, d’un simple clic informatique, aux îles vierges puis à une banque new-yorkaise, pour se retrouver au Luxembourg avant d’atterrir candidement sur le compte d’un honorable particulier des Yvelines. On a pu voir ce genre de circuit pour des fonds issus de la Société nationale des hydrocarbures (SNH) au Cameroun, finissant sur les comptes du fameux gourou, templier, maçon à la GLNF et je ne sais quoi encore, Raymond Bernard, ou d’une mystérieuse officine dénommée FAO (2). Il n’y a aucune raison pour que ces pratiques changent spontanément. Enfin, dans des pays où règne la corruption, s’épanouissent et prospèrent sans aucun frein toutes les activités financières criminelles possibles, générant les flux financiers les plus importants, qui prennent les même chemins, après avoir vampirisé littéralement ces malheureux pays, condamnant leurs populations au désespoir.
Connaissant ces faits et impuissants à les faire cesser, nous sommes, dans la situation des serfs du Moyen-âge, courbant l’échine sous l’arbitraire des seigneurs. Les grands prédateurs d’aujourd’hui échappent au contrôle démocratique. Nos élus sont, au mieux aussi impuissants que nous devant les puissances de l’argent, au pire complices. Survie, avec d’autres, dans plusieurs pays, va porter ses efforts en vue d’obtenir une véritable traçabilité des transactions financières et surtout la mise hors jeu des PFJ par les instances internationales qui sont menées par des pays puissants, capables, s’ils le veulent, de faire régner l’ordre financier.
Qu’on ne se moque plus de nous avec je ne sais quelle taxe sur les billets d’avion pour arriver à l’extinction du paupérisme, qu’un humoriste appela plus précisément l’extinction des pauvres.

Odile Tobner


(1) Voir, sur ce sujet et sur d’autres, les études publiées sur www.taxjustice.net
(2) Enquête, restée isolée et sans lendemain, de Philippe Broussard dans Le Monde 23 décembre 1999.
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Mercredi 19 avril 2006
Criminalité financière et paradis fiscaux : stop au harcèlement judiciaire des banques et de l’état luxembourgeois contre le journaliste et écrivain Denis Robert.


Denis Robert et ses amis sont coupables de dire et d’écrire la vérité dans des films et dans des livres qui ont fait beaucoup de bruit dans le monde feutré de l’hyper-finance. Le scandale planétaire qui aurait dû exploser a été relativement étouffé, en raison des enjeux financiers en cause. Le point central de leur démonstration repose sur la dénonciation très argumentée des pratiques d’une firme, multinationale interbancaire, présente dans 107 pays, dont plus de 40 paradis fiscaux. Clearstream s’est construit, au fil du temps et des dérives, une spécialité : la dissimulation de transactions internationales sensibles, sur la base d’un système élaboré de comptes non publiés.

Cette dissimulation, qui profite aux banquiers et à leurs clients fortunés, s’opère au détriment des Etats et des citoyens du monde entier. Des sommes colossales sont ainsi défiscalisées, ces mêmes sommes que nos « experts » néo-libéraux appellent le « trou de la Sécurité Sociale », ou « le gouffre de l’assurance-chômage », ou encore par les journalistes financiers « trou noir de la finance »...

Clearstream a son siège au coeur de l’Europe, dans ce merveilleux paradis fiscal bancaire et judiciaire qu’est le Luxembourg (et que dénonçait en 2003 le rapport parlementaire Peillon-Montebourg, sans effet à ce jour).
Cette firme, aujourd’hui rachetée par la société de bourse allemande Deutsche Börse Clearing, est un poumon pour ce pays et pour ses clients, principalement des banques, des institutions financières reconnues, mais aussi des multinationales fraudeuses et des officines très troubles. Clearstream reste protégée par l’Etat et l’appareil judiciaire luxembourgeois.

Depuis cinq années, sans jamais avoir pu contredire sur le fond aucun des arguments avancés par Denis Robert, Clearstream et certains de ses clients comme la Banque Générale de Luxembourg et la banque russe Menatep, avec l’appui de la magistrature du Grand Duché, multiplie les procédures à l’encontre de l’auteur, de son éditeur les Arènes, de ses producteurs et diffuseurs, mais aussi de tous les médias qui diffusent ses propos. Cela est aujourd’hui encore et toujours plus intolérable qu’hier.

En cinq années, c’est plus d’une centaine de procédures judiciaires qui ont été diligentées contre Denis Robert, ses témoins et ceux qui diffusent ses travaux. Pourtant, presque tous les procès sont gagnés en première instance, ou en appel. Les rares procès perdus l’ont été sur des détails.

Dans tous les cas, Clearstream, ses avocats et les banques se pourvoient en cassation. Pour eux, c’est sans problème, de l’argent, ils en ont, c’est leur fonds de commerce... Le but est simple : empêcher la vérité de sortir, Denis Robert de s’exprimer et faire peur aux autres médias et journalistes. En janvier 2006, Denis Robert a ainsi été à nouveau inculpé de calomnies et diffamation devant la justice luxembourgeoise.
Il risque une forte amende. C’est une véritable censure économique qui s’opère en ce moment, dans le silence, sous nos yeux.

D’où la nécessité de signer le texte sur le site de « liberté d’informer ». C’est de notre information et de notre liberté qu’il s’agit.

Denis vient de publier un roman « La Domination du Monde » chez Julliard.
(Plus, vous l’achèterez, plus vous contribuerez à la lutte engagée, il coûte 20 euros, Denis touche 2 euros par bouquins, un luxe !...) Il y raconte son histoire et celle de Clearstream, comme une mise en abîme de nos vies, de celles qu’elles devraient être, si toutes ces « choses » n’existaient pas.

A vos claviers, signez la pétition, cela nous sera fort utile et puis, nous allons leur montrer que nous sommes nombreux à résister, merci !

Par Muriel Cherière, enseignante, étudiante-chercheur en Sciences de l’Education.
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Mercredi 29 mars 2006
En 1845, le lobby des Fabricants de Chandelles, Bougies, Lampes, Chandeliers, Réverbères, Mouchettes, Éteignoirs, et des Producteurs de Suif, Huile, Résine, Alcool, et généralement de tout ce qui concerne l'Éclairage avaient pétitionné les députés dans les termes suivants :
« Nous subissons l'intolérable concurrence d'un rival étranger placé, à ce qu'il paraît, dans des conditions tellement supérieures aux nôtres, pour la production de la lumière, qu'il en inonde notre marché national à un prix fabuleusement réduit; car, aussitôt qu'il se montre, notre vente cesse, tous les consommateurs s'adressent à lui, et une branche d'industrie française, dont les ramifications sont innombrables, est tout à coup frappée de la stagnation la plus complète. Ce rival, qui n'est autre que le soleil, nous fait une guerre (si) acharnée?
Nous demandons qu'il vous plaise de faire une loi qui ordonne la fermeture de toutes fenêtres, lucarnes, abat-jour, contre-vents, volets, rideaux, vasistas, oeils-de-boeuf, stores, en un mot, de toutes ouvertures, trous, fentes et fissures par lesquelles la lumière du soleil a coutume de pénétrer dans les maisons, au préjudice des belles industries dont nous nous flattons d'avoir doté le pays, qui ne saurait sans ingratitude nous abandonner aujourd'hui à une lutte si inégale.
Et d'abord, si vous fermez, autant que possible tout accès à la lumière naturelle, si vous créez ainsi le besoin de lumière artificielle, quelle est en France l'industrie qui, de proche en proche, ne sera pas encouragée ? »
Le lecteur aura reconnu des extraits du pamphlet célèbre de Frédéric Bastiat, qui ferraillait contre les protectionnistes de son temps. Ce libéral conséquent avait pressenti le principe économique néo-libéral d'une croissance illimitée, quelqu'en soit le coût : toute activité gratuite, parce qu'elle lèse le secteur marchand correspondant, devra être soit interdite soit taxée à son profit.

Les êtres vivants commettent un crime impardonnable : ils se reproduisent et se multiplient gratuitement. Certains en éprouvent même du plaisir. Depuis plus de deux siècles, notre société livre à cette gratuité une guerre longtemps secrète dont la dernière bataille est en cours.

Depuis 1961, l'Union pour la Protection des Obtentions Végétales (UPOV) signée par les six pays fondateurs du Marché commun, protège les sélectionneurs du pillage de leurs « variétés »  (de blé, d'orge,  etc.) par leurs concurrents. En interdisant à un semencier de vendre sous son nom une « variété » pillée, cette convention moralise le marché des semences et protège l'obtenteur (le créateur) d'une nouvelle « variété ». Précisons : ce que l'on appelle « variété » (« le caractère de ce qui est varié, diversité ») en est précisément le contraire puisque constitué de copies identiques d'un modèle (ou génotype) unique de plante. C'est donc un clone. Homogène et Stable, un clone conserve ses caractères individuels d'une génération à la suivante dans le cas des plantes « autogames ». L'agriculteur peut donc semer librement le grain qu'il récolte, et l'UPOV n'entrave nullement cette liberté. De plus, tout clone reste une ressource génétique disponible pour poursuivre le travail de sélection.

La version originale de l'UPOV satisfaisait les sélectionneurs de l'époque, de grands agronomes agriculteurs passionnés par la plante et travaillant avec les généticiens/sélectionneurs de l'Inra. Ce système fonctionnait, en dépit de sa lourdeur administrative. L'Inra pouvait faire respecter ce qu'il jugeait être l'intérêt public. Mais maintenant qu'un cartel de fabricants d'agrotoxiques contrôle les semences, l'Inra ne pèse pas lourd. De plus, les gouvernements successifs ont mis directement les chercheurs au service de transnationales qui n'entendent pas se contenter des profits, somme toute modestes, que la redevance UPOV et la réglementation administrative offre aux agronomes-sélectionneurs. Le cartel exige maintenant d'en finir avec cette injustice de la reproduction gratuite des êtres vivants d'autant plus vite qu'il se heurte à une résistance populaire mondiale. Son but est de les stériliser par un moyen quelconque, administratif, réglementaire, biologique, ou légal.

En 2001, le gouvernement Jospin a pris une mesure inédite de lutte contre la gratuité de la nature, la « Cotisation Volontaire Obligatoire » (George Orwell aurait aimé cette expression) pour les semences de blé tendre. Que l'agriculteur sème le grain qu'il récolte ou qu'il achète des semences, il doit payer une redevance à l'obtenteur ! Ce dispositif sera étendu à d'autres espèces. Une commission estimera le prix de cette marchandise nouvelle, le « droit à semer ». Comment, puisqu'il y a pléthore et donc pas de marché ' Pourquoi pas un « droit à respirer » '

On ne pourra même plus dire comme Mme du Deffants au temps de Louis XV : « On taxe tout, hormis l'air que nous respirons ». On connaît la technique emblématique des industriels des « sciences de la vie », Terminator, la production de semences transgéniques dont la descendance est stérile - le triomphe de la loi du profit sur la loi de la vie. En 1998, Terminator avait soulevé une vague d'indignation telle que Monsanto avait dû annoncer qu'il abandonnait cette technique de stérilisation. En octobre 2005, l'Office Européen du Brevet a accordé le brevet Terminator dans l'indifférence. Monsanto et ses concurrents/alliés travaillent d'arrache-pied à cette méthode jamais abandonnée : c'est l'arme absolu contre la Vie - qui cible en priorité les paysans du Tiers-Monde - pour les soulager de la faim, nous affirment le cartel et ses affidés.

En novembre 2004, l'Assemblée Nationale unanime (sauf le groupe communiste) avait transposé la Directive Européenne 98/44 de soi disant « brevetabilité des inventions biotechnologiques ». Tout ce qui transgénique est brevetable (article 4), ce qui, comme le montre l'exemple nord-américain mettra fin à la pratique fondatrice de l'agriculture, semer le grain récolté. Les gènes eux-mêmes sont brevetables. Une « variété » (en réalité : un clone) transgénique ne peut donc être une ressource génétique pour poursuivre le travail de sélection. Il est piquant que les communistes défendent maintenant les valeurs libérales et significatif qu'ils soient seuls à le faire.

La version 1991 du traité de l'UPOV confère à l'obtenteur le « droit exclusif de produire, reproduire, conditionner au fins de la reproduction ou de la multiplication, offrir à la vente sous toute autre forme, exporter, importer, détenir à une des fins ci-dessus mentionnées du matériel de reproduction et de multiplication de la variété protégée».

Semer le grain récolté n'est possible que par dérogation accordée par le Conseil d'Etat. On voit la cohérence de ces mesures successives.
L'Assemblée Nationale discutera prochainement de la ratification de l'UPOV 1991 adoptée le 23 février par le Sénat. L'Union Européenne, le lobby des agrotoxiques et le gouvernement font passer pour une opération de routine technique la stérilisation légale et gratuite du vivant au profit d'un cartel de fabricants d'agrotoxiques exemptés ainsi dans les pays industriels des coûts de la mise au point de techniques biologiques aléatoires de stérilisation comme Terminator ou les Gurts - les méthodes de restriction de l'utilisation des gènes, la fabrication non pas de plantes stériles mais des plantes handicapées.
En somme, le gouvernement demande au législateur de créer un privilège sur la reproduction des êtres vivants. Contre l'intérêt public. Contre celui des agriculteurs Au profit de producteurs de poisons. Au nom du libéralisme !
Un privilège incite ceux qu'il lèse à tricher. La prochaine étape sera donc de créer une police génétique pour le faire respecter. En Amérique du Nord, Monsanto engage des entreprises de détectives privés pour débusquer les éventuels ?pirates? et offre aux agriculteurs qui voudraient dénoncer leurs voisins une ligne téléphonique gratuite (!).
En Europe, la police génétique sera-t-elle privée ou publique ? C'est le choix que la Commission Européenne et le gouvernement imposeront au législateur. Est-ce un choix honorable ?

Dans le même temps, la création d'un catalogue alternatif pour les variétés paysannes dites « de conservation » qui les protégerait de l'expropriation par le cartel, est au point mort.
Dernière pierre du dispositif gouvernemental, le projet de loi sur la coexistence entre clones chimériques brevetés et clones traditionnels organise la pollution génétique. Il s'agit de créer le fait accompli en accélérant encore la destruction déjà catastrophique de la biodiversité.
Il s'agit d'euthanasier l'agriculture biologique dont le seul tort est d'utiliser la gratuité de la Nature plutôt que des pétro-intrants marchands ruineux pour les humains, les sols, l'eau, bref, notre milieu de vie, au moment même où se ferme la parenthèse d'une pétro-agriculture industrielle condamnée car relevant de la thermodynamique du XIXè siècle !
Une société totalitaire de délation est en gestation. De vote en vote, de règlement en règlement, de mesure en mesure, insensiblement, le législateur est aspiré dans une spirale funeste et détestable dont il ne voudrait à aucun prix si la propagande du cartel des chandelles transgénique ne le trompait pas.

Mesdames et Messieurs les Députés, ouvrez les yeux ! Nos libertés sont en danger. Ne confiez l'avenir biologique de nos enfants et de notre planète aux fabricants d'agrotoxiques !

Jean-Pierre Berlan, Directeur de Recherche à l'Inra.
Par Marthe Ingal - Publié dans : Partager
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